Le restaurant d'Anton Pinsky, ligne Kozhevennaya — un espace où le comfort food revisité par le chef Mikhail Bobylev rencontre une terrasse d'été au bord de l'eau, des cocktails signature et des DJ sets au coucher du soleil, à « Sevkabel Port ».

Antonio Bistro est un projet du holding Pinskiy&Co, à « Sevkabel Port », où l'idée gastronomique d'Anton Pinsky a trouvé son propre nom et sa propre adresse. La carte est ici construite autour des goûts personnels du restaurateur : le meilleur des différentes cuisines du holding, réinterprété par le chef Mikhail Bobylev dans un format de bistrot accessible, mais soigné jusque dans les moindres détails. L'espace au bord de l'eau impose son propre rythme : petit-déjeuner, déjeuner, soirée au vin ou nuit sous un DJ set s'y intègrent tout aussi naturellement.

Selon l'équipe de notre guide gastronomique, Antonio Bistro est un cas rare où « accessible » ne rime pas avec compromis : chaque plat porte la marque d'un chef qui a un point de vue.

Mikhail Bobylev construit sa cuisine autour d'une idée simple mais rigoureuse : la nourriture doit être honnête. Finaliste WhereToEat dans la catégorie « Meilleurs petits-déjeuners » et chef de marque du restaurant Veter, il ne complique pas les choses : il choisit le produit avec précision et ajuste l'équilibre. Chez Antonio Bistro, cela se lit dans chaque section de la carte : la soupe de tomate à la mousse de parmesan joue sur l'équilibre entre acidité et onctuosité, la cuisse de canard confite à la pomme rôtie tient le contraste entre cuisson lente et douceur naturelle, tandis qu'un risotto crémeux à la noix de Saint-Jacques s'oppose à un risotto riche, presque velouté, à la joue de bœuf — deux plats de la même catégorie, mais au caractère totalement différent.

La ligne méditerranéenne de la carte ne se referme pas sur elle-même : la technique japonaise des rolls s'insère dans le contexte général sans jamais dénoter, fonctionnant comme une autre façon de parler de fraîcheur et d'équilibre des saveurs. La légèreté est le dénominateur commun de la majeure partie de la carte, et ce n'est pas un hasard : le restaurant est au bord de l'eau, et la cuisine doit correspondre à l'air du dehors.

La vitrine des desserts est un point d'attraction à part entière. Margarita Arzamazova, formée auprès des pâtissiers espagnols Jordi Bordas et Miquel Guarro, construit la partie sucrée de la carte comme un dialogue entre forme classique et rebondissement gustatif inattendu. Aucun dessert n'existe comme simple illustration du familier — chacun retient quelque chose qui donne envie de s'arrêter et d'y goûter encore. Les chocolats signature poursuivent cette logique sous la forme d'un petit souvenir au goût du lieu.

La carte de cocktails du chef barman du holding, Imam Gadzhimagomedov, et la sélection de vins du sommelier Alexander Kucherov, riment avec l'humeur générale : rien de lourd, beaucoup de jeu avec les arômes et les textures. Les vins sont proposés au verre, pour ne pas s'attacher à une bouteille mais évoluer avec la soirée. Les cocktails estivaux à la fraise et à l'oolong cèdent la place à des variations plus chaudes, à base de cognac — la carte est écrite comme le passage d'un moment de la journée à un autre.

L'intérieur — nappes blanches et verdure sur fond de texture industrielle de « Sevkabel » — ne cherche pas à rivaliser avec la vue extérieure, mais la complète. La terrasse aux plantes vivantes prolonge la salle jusque dans la rue, et la frontière entre « dedans » et « dehors » y est toute relative. Antonio Bistro existe dans la logique du lieu plutôt que contre elle — et c'est sans doute là que réside la principale réussite du projet.